Trans-Amazonie

Trans-Amazonie

mardi 7 janvier 2014

BELEM – SANTAREM


Nous étions au port à 17heures soit 3heures avant le départ annoncé mais c’est quelques minutes avant 19heures que l’équipage de “l’AmazonStar” larguait les amarres. Contrairement à ce que avions compris, à notre arrivée sur le bateau tout s’est passé dans le calme. Les passagers aux hamacs avaient déjà pour la grande majorité installé leur couche.
Un petit quart d’heure avant d’appareiller, nous nous étions aperçus par l’intermédiaire d’un affichage, que nous n’avions que jusqu’à 19heures pour dîner et contre 10réals (3,5euros) nous avions notre “platrée”... Et ce sont des sabords de la petite salle à manger (ne soyons pas regardant sur la justesse du terme), que nous avons vu s’éloigner le quai. La nuit était tombée et ce ne fût qu’un chapelet de lumières que nous avons vu défiler.
Si Danielle et François n’ont eu à notre arrivée aucun problème pour récupérer la cabine réservée, ce fût plus compliqué pour nous et nous avons dû jouer les “français râleurs” pour obtenir la “suite” numéro 7, nominativement désignée sur notre billet. Elle avait été attribuée à un autre passager à son embarquement, qui fort compréhensif, est allé investir une cabine donnant sur la coursive intérieure. Nos bons amis sont donc installés à babord et c’est à tribord que nous le sommes.
Que personne ne fantasme à la lecture du mot “suite”, nous ne sommes pas au Hilton mais sur un petit cargo mixte à trois ponts, beaucoup plus proche du “rafiot” que du bateau de croisière, avec un pont principal prévu pour recevoir un peu plus de 300 hamacs, utilisé à l’évidence pour la cargaison, en proue la partie réception des passagers et marchandises, le coin infirmerie, et, en poupe la cambuse et la cuisine; un pont supérieur pour quelques camarotes (cabines sans toilettes ni douche), une grande salle pour environ 250 hamacs et la petite salle à manger à la poupe juste au dessus des cuisines. Sur le pont “encore plus supérieur”, des camarotes et quelques “suites” donnant soit sur la coursive intérieure soit sur deux coursives extérieures, une à babord où sont donc Danielle et François, l’autre à tribord comme la nôtre, la passerelle et la cabine du Commandant à l’avant comme normal sur tout bateau.
 Ajoutons à ce niveau du navire,  un pont couvert en moitié arrière où se trouve un bar, terminant par un pont ouvert où l’on peut faire “salon” en contemplant les eaux s’éloigner.
N’oublions pas la cale pour être complet, accessible par un puits de cale à partir du pont principal.
Voilà ce qu’il résulte de mon tour des lieux que je ne peux m’empêcher de faire dès que je monte à un bord quelconque !
Pour en venir à notre “suite”, c’est une boîte en tôle sans sabord de 5,5m2 environ pour 2m20 sous plafond à tout casser, soit 4m2 pour l’espace chambre occupée par 2 couchettes superposées qui auraient pu être moins imposantes car dans le reste, il faut compter avec le petit frigo et le débattement de sa porte, l’espace de la porte extérieure qui s’ouvre heureusement sur la coursive mais qui doit rester accessible, la porte des toilettes qui s’ouvre sur la carrée et qui doit pouvoir s’ouvrir et se fermer pour accéder au lavabo, au wc et à la douche.
Dès que nous sommes partis en ballade ou le soir, il nous faut loger en plus les 2 fauteuils blancs (emboitables) que nous avons “privatisés” sur les conseils de Yani, pour ne pas les voir changer de propriétaires au bout de la première minute de non-surveillance.
Autant dire que le soir l’un doit attendre sur sa couchette ou se réfugier dans “les chiottes” lorsque l’autre doit se tenir debout dans la piaule... le jeu du “taquin” en permanence !


C’est curieux mais j’ai l’impression une fois ces explications faites que nous serons moins taquinés à propos du mot “suite”.


Jeudi 2 janvier 2014


Ce sont les pas résonnants sur notre coursive et les discussions qui nous ont sortis de nos couchettes ce matin, vers 6heures30, après une bonne nuit réparatrice de 8 heures pour moi et pas loin de 9 pour Anne.
Hier, nous étions endormis bercés par la combinaison du bruit des moteurs qui ne moulinent pas vraiment dans la discrétion, et des effets d’un roulis étonnament prononcé, avec des coups de raquettes surprenants (d’autant mieux ressentis que nous sommes les uns et les autres installés à la proue du bateau), provoqués par de forts courants d’eaux mélangées probablement au débouché d’affluent, mais au réveil, c’est une rivière d’huile qui nous accueillait.
Avec le bastingage à 1m de notre cabine, il suffit d’ouvrir notre porte pour être sur le fleuve (je sens que je vais faire rêver à nouveau), et justement ce matin, alerté par le remue-ménage ambiant nous étions directement au spectacle de la première escale qui s’annonçait, une bourgade nommée Brévès. Et nous voilà virant de bord pour nous retrouver dans le sens du courant afin de nous accoler, par sécurité je suppose, à la batellerie déjà accostée.
Au spectacle du bateau qui décharge des marchandises et qui charge de nouveaux passagers, au spectacle de la bourgade qui se réveille au lever du soleil dans un ballet de “longues-queues” façon Brésil, et de pirogues allant d’une rive à l’autre.
C’est curieux, mais il faut toujours que l’homme aille de l’autre côté... Comme quand il “pisse” au bord de la route !
Nous passerons la journée, entre petit-déjeuner et dîner à aller d’un bord à l’autre suivant le côté où l’animation s’annonçait : celle des bateaux traditionnels à deux ou trois ponts de bois équipé de “hamacs” pour les passagers, des bateaux de commerce, des barges avec pousseurs, un train de plusieurs dizaines de mètres de grumes liées les aux autres, le tout flottant et tiré par un petit bateau en bois faisant office de remorqueur au bout d’un grand cable; toute une flottille croisée ou doublée entre une kiriade d’embarcations à moteur et de pirogues à pagaie aussi.
Sur les berges, nous pouvons  observer de très près, sortant d’une végétation exubérante les pieds dans l’eau, les hameaux ou maisons sur pilotis pour cohabiter avec le fleuve de l’étiage à la crue. Regarder les pirogues nous accoster, souvent occupées par deux ou trois gamins de 10/12 ans qui nous crochettent “au vol” pour s’amarrer contre nos flancs et grimper jusqu’au pont inférieur à l’aide des pneus de camion qui nous servent de pare-battage, et nous proposer leurs petites productions : des fruits, des coeurs de palmiers dans des petits bocaux, des jus. Des plus âgés avec des paniers remplis de grosses crevettes cuites qui ne doivent pas vraiment venir du fleuve et bien d’autres choses. Il y a parfois deux à trois bateaux “accrochés” de chaque côté et des gamins qui traînent... Ils sont adorables, beaux mais gare à nos affaires !
Nous avons failli le drame, un petit caboteur qui venait nous “fourger” une production de manches à balai, à remonter vers Santarem ou Manaus je suppose, est venu à moitié couler une barcasse en s’accostant à nous. Pendant qu’un gamin écopait avec sa rame à grands coups de moulinet, sa grande soeur peut-être, tentait de dégager le bateau en tirant sur l’amarre accrochée plus en avant, un troisième gamin est venu à la rescousse mais ne put empêcher la gamine de lacher prise. La barque sous l’assaut du courant est venue se briser sur l’étrave du bateau “brutal” en même temps que les trois gamins plongeaient dans le fleuve pour ne pas subir le même sort. Un quatrième gamin sorti de nulle part passa d’un bond de l’AmazonStar au bateau accosteur et d’un second à la baille pour rejoindre les trois premiers mômes emportés par le courant avec les débris de leur esquif.
Comme des petits singes pour grimper et comme des poissons pour nager... Ils ont perdu le “navire” et la recette probablement, mais dans le lointain emportés par un vif courant, aucune petite tête ne semblait en perdition.
La plus petite avait six ans tout au plus, je venais de la photographier en équilibre sur le bastingage... Nous en voyons passer au fil du courant sur de frêles pirogues qui n’ont pas davantage... Qu’avons nous fait de nos sociétés devenues ultra protectrices, des hommes capables d’aller sur la lune mais plus habiles à se servir d’un couteau sans se couper et de s’en aller aussitôt porter plainte contre son fabriquant !
Et vers 15heures nous nous sommes engagés dans l’immensité des eaux de l’Amazone, le plus grand fleuve du monde.
L’Amazone, avec son cours de plus de 6800 kilomètres aux dires de certains géographes (contestés pour la première place par les partisans du Nil qui n’en affiche qu’à peine 6700 !), irrigue avec ses plus de 1000 affluents, plus de 6 milliards de km2 depuis les hauteurs Sud-Andines du Pérou, et doit son mythe exceptionnel à Francisco de Orella, Espagnol, qui le premier le descendit jusqu’à son embouchure en 1541. C’est notre homme qui le baptisa ainsi à la suite d’une bataille livrée sur son parcours avec une peuplade dont les femmes se mêlaient aux hommes pour combattre...Comme les Amazones décrites par Hérodote.
La seconde exploration fût faite en remontant le fleuve par Pédro Texeira, Portuguais lui, près d’un siècle plus tard.
Voici l’Amazone résumée entre histoire, Mythe et réalités géographiques.
Paulo Portella Filho est un homme charmant, Paulo est le passager qui occupait, par erreur de la réceptionniste chargée de l’accueil à bord, la “suite” qui nous était destinée. Nous avons passé un bon moment à deviser ce matin, sur leur voyage et le nôtre, et sur bien d’autres choses de la vie du Brésil et de la France. Nous sommes ses invités à Sao-Paulo et il est le nôtre à Orsay. Je sens que nous le reverrons en France. En tant que Directeur du service pédagogique du Musée des Arts de sa ville, un des plus grands Musées d’arts d’Amérique du Sud, il rend parfois visite à ses collègues français.
J’apprécie ces rencontres fortuites qui vous amènent à dire des choses simples et vraies plutôt que de se perdre dans des propos convenus, propres au jeu de la société. Une poignée de mots “baragouinés” laisse la place à la richesse des “nons-dits” partagés par instinct, le plissement de l’oeil, le sourire complice en disent “intimement” plus qu’un long discours.
Sauf à longer des îlots de verdure intense, les rives ont pris de la distance... Entre elles l’ocre des eaux écrasées sous le soleil, et nous, au frais de la cabine avec la clim à fond malgré la porte ouverte. Nous sommes calés dans nos fauteuils occupant le seul petit mètre carré disponible, et les pieds dehors dans le petit vent comme pour les remercier de nous porter si loin.
C’est ainsi que nous sommes allés jusqu’au coucher du soleil, là-bas tout à l’ouest sur les eaux de l’Amazone qui se perdent dans l’horizon, et l’heure du dîner s’est annoncée au moment où nous arrivions à Gurupa notre seconde escale. Le manège du débarquement-embarquement reprit et puis les trois coups de cornes ont retenti et après nous être écartés du quai, nous nous sommes enfoncés dans la nuit.
Boa noite e amanhã





















3 janvier 2014


C’est dans la matinée que l’on nous a raconté les faits. D’abord, Danielle et François nous ont parlé d’un “chambard” vers 22heures et de problèmes de moteur, donc d’électricité, donc de clim, ce qui ne nous avait pas échappé pour ce dernier point car la chaleur montante dans “la piaule” nous avait réveillés. J’avais fermé les yeux à même pas 21heures, mais si Anne les écouteurs sur les oreilles et le regard rivé sur une série enregistrée sur sa tablette avait bien senti “le chaud”, elle ne s’était rendue compte de rien d’autre.
C’est Paulo que j’ai croisé dans la matinée qui m’a raconté les événements. Un court circuit au niveau de la cuisine aurait provoqué sur les coups de 21heures30 un départ de feu et la ventilation aurait commencé à propager la fumée dans le bateau, provoquant un début de panique dans la salle des hamacs et jusqu’à notre niveau car tout le monde était sur le pont à part nous à en croire mon ami qui a hésité à nous alerter. Même Danielle et François, sans connaître la raison exacte des embarras de l’AmazonStar, avaient mis le nez dehors.
Finir au fond de l’Amazone est une fin originale mais attendons encore un peu, une trentaine d’années pourrait nous convenir!
Je n’étais au courant de rien à 3heures30, lorsque un second remue- ménage m’a sorti du lit à 3heures30 et pendant une bonne demi-heure, culotte enfilée, je suis sorti pour assister aux manoeuvres de notre accostage à Almeirim, troisième étape sur notre route, et voir des passagers monter la veille au soir en redescendre en pleine nuit avec leur fatras. Le fleuve est le seul lien entre les villages et autres centres de vie dans cette partie de l’Amazonie.
Spécialité du coin : le fromage...Trois étals sur roues en proposaient à la coupe, des pains de fromage comme le format de nos jambons blancs.
Matinée tranquille où j’ai entrepris de mesurer le bateau, en passant d’un pont à l’autre de sorte à l’avoir dans toute sa longueur. En réglant mon pas sur approximativement un mètre, j’en ai compté 70, et 11 pour la largeur. Si au niveau de la cuisine tout à la poupe nous sommes à 1petit mètre du bouillonnement du sillage, à notre niveau le même pont est à 1m50, ce qui élève le nôtre à 6m50 au dessus de la ligne de flottaison... On s’amuse comme l’on peut.
A 11heures notre quatrième arrêt: Praïna, est une petite ville plus importante que les gros bourgs déjà rencontrés. Beaucoup de descentes et beaucoup de montées, si nous ne savions pas que l’AmazonStar était un “navettier”, la réalité s’impose d’elle même, et ça fait notre bonheur.
Sur ce, “Bandeiras” un “copain” de circonstance allant à Santarem et qui avec de belles  fringues pourrait passer pour le petit frère de l’acteur, et qui m’avait donné des fruits hier que nous avons partagés entre nous quatre, est passé ce matin pour nous offrir une sorte de punding à la banane, manioc  et coco (un peu le “poé tahitien” pour ceux qui connaissent) enveloppé dans des enveloppes d’épis de maïs. Nous l’avons réservé pour notre quatre heures avec des fruits que Danielle achètera dans l’après-midi lorsque nous nous arrêterons pour la dernière fois de la journée.
Depuis ce matin, nous naviguons soit sur une Amazone très large, soit en suivant auprès d’une des nombreuses îles qui émaillent son cours. Iles plates sur lesquelles paissent souvent des vaches, des zébus et même des buffles, troupeaux qu’il doit falloir évacuer au plus haut des eaux. A la halte de cette nuit, proche du quai j’ai vu amarré un gros bateau plat avec un espace cabine sur pilotis, qui à mon avis doit servir à ça.
Les oiseaux sont loin pour les apercevoir, nous pouvons seulement observer des échassiers, dont de gros noirs qui ressemblent à des pintades hautes sur pattes, des aigrettes et des sortes de gros hérons blancs. De petits aigles noirs tournoient dans les airs.
Avec les îles, les maisons font leur réapparition, la vie sur l’eau aussi par voie de conséquence.
Vers 15heures, à l’approche de l’escale suivante, nous avons vu les premiers dauphins d’eau douce de l’Amazone, de gros dauphins roses avec l’aileron gris foncé... Plus importants que ceux que nous avions vu au Laos dans le Mékong et en Birmanie dans l’Irrawadi. Nous devrions en voir bien d’autres.
Monte Alègre est une petite ville qui a également un peu de surface et nous avons passé la demi-heure classique, à nous amuser de l’animation du quai avec le même manège, un peu plus calme que le précédent ce qui m’a valu la permission de mettre le pied sur terre et voir ce que pouvait donner notre bateau à l’escale.
Comme hier la chaleur “cogne” dure mais le fleuve a dû obliquer légèrement plus à l’Ouest et notre flanc a été cette après-midi en plein cagnar. Vu la carte, ce devrait être le cas jusqu’à Manaus, mais ce serait obscène de s’en plaindre alors que notre petite France “se les gèle”.
Comme jadis à la “Samaritaine”, il se passe toujours quelque chose sur l’AmazonStar. Vers 17 heures nous vîmes venir à nous un gros catamaran de transport. Vu sur internet, j’ai identifié de loin le Rondonia de la même compagnie et qui fait la même ligne. Bingo, les bateaux se sont approchés, le Rondonia comme dans une danse nuptiale a réalisé une courbe pour venir en demi-tour se mettre dans  notre sens et nous l’avons rejoint par l’arrière en douceur pour nous ranger sur son babord. J’ai vu voler entre marin un sac d’un bord à l’autre mais s’agit -il de ce sac ou d’un paquet échangé à un autre endroit du bateau, une information courait par la suite comme quoi nous aurions récupéré une pièce pour le moteur.
Le coucher de soleil est vite arrivé, la nuit tombe après “tout d’un coup”, et après notre “gamelle” nous avons bu une bière sous la voûte étoilée, heureux dans le frais du pont arrière.
Longue halte à Santarem au programme, où nous devons arriver dans la nuit pour un départ demain vers midi. Santarem est une ville importante à mi-parcours de notre navigation sur Manaus. Une vraie halte de plusieurs heures est prévu et en dehors d’un petit tour de ville nous projetons une petite escapade à Alter do Chao, un joli petit village des environs, en bus, en taxi ou par le biais d’un tour organisé, il y a de petites agences qui nous attendraient à proximité du quai pour nous proposer “la botte”. Nous verrons sur place.
Boa noite e amanhã






















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