Lundi 20 janvier 2014
8heures30 – 16heures... Nous
sommes prêts pour le “quiz” sur Medellin, au moins sur le centre ville que nous
avons arpenté de calle en carrera, celles du quartier de la Candeleria, au bord
duquel se trouve notre hôtel, celles du quartier d’affaires et celles du
quartier moderne, bref ce qui compose le “centro” de cette fameuse ville où
l’on sent très rapidement qu’il vaut mieux ne pas poser son sac à son pied en
même temps que regarder si les mouches volent correctement au-dessus de votre tête...
Sauf à vouloir aider sans avoir l’air toute une frange de la population plutôt
dans une apparence de dénuement.
Medellin avec ses 2,5 millions d’habitants environ (1 million
de plus pour l’agglo) est la deuxième ville de Colombie, et malgré un réveil
économique notoire, elle est encore loin de “briller” comme la Capitale... Et
les “Païsas” loin d’avoir le niveau de vie des “Bogotanos”... Une des raisons
de la forte violence qui y règne, certes en recul, mais qui a fait de cette cité, la ville la plus violente
d’Amérique du Sud jusqu’à ces dernières années. Les choses changent, au moins
en raison de l’omniprésence de la police, une escouade tous les 100 mètres, en
raison aussi de la quasi éradication du quartel de la drogue qui avait fait de
Medellin son siège social.
Pablo Escobar représentait “le
Robin des bois” pour les nombreux quartiers pauvres, plutôt le Père Noël tant
ses largesses étaient appréciées par une partie de la population. Enfant de
Medellin (d’un village tout proche) comme le dieu Botero (réellement de la
ville), il était tout autant vénéré au point que le second pouvait très bien voir
le premier en peinture... A commencer par la sienne.
Mais voilà la Colombie a eu besoin
de la reconnaissance de l’Oncle Sam pour son développement et Pablo Escobar,
riche de 25 milliards de dollars, est tombé “des toits de sa ville” sous une
pluie de balles en décembre 1993.
A voir le nombre de paumés qui
“clochardisent”, voire qui errent le regard plongé vers des horizons perdus,
l’on se dit que la poudre ici n’a pas été toute... D’escampette !
Revenons à notre journée de
ballade, qui la grisaille dissipée fût ensoleillée, chaude même car en redescendant
aux environs des 1500 mètres, nous avons retrouvé meilleure température pour
sortir en tenue plus légère.
Dans l’ordre, “l’Iglésias St
Ignace” est fort belle, comme la place qui lui sert de parvis peut l’être avec
ses beaux arbres; passé le métro aérien, l’ancien Palais National que l’on
croirait sorti d’un délire “art déco version romantique” est surprenant à
travers sa nouvelle destination de galerie marchande, mais son génial
Architecte Belge se retournerait dans sa tombe s’il savait que son œuvre sert
à vendre du basket et de la tongue à quatre sous à chaque étage – Grimper par
les escalateurs vous donne l’impression d’évoluer dans un dessin d’Escher – et à
la suite c’est l’Eglise Véra Cruz (un nom qui me plaît bien), qui nous a ouvert
sa porte pour un début de messe.
Non loin de là, nous avons admiré
la place Botero qui doit son nom aux 23 bronzes monumentaux que l’Artiste a
offert à sa ville (le petit malin) et qui meublent la place pour le grand
plaisir des modestes gens qui vont jusqu’à grimper dessus pour s’y faire
prendre en photos. L’une d’entre elles, mâle dans sa nature, se fait tant
caresser le sexe pour des espoirs de fertilité que l’on se demande pourquoi il
est resté si petit ... Sacré Botero!
Evidement le Musée de l’Antioquia
(le nom du département), avec un très bel édifice art déco aussi mais en
version “brique”, qui borde la place, fait la part belle à Botero bien entendu,
avec des œuvres originales : copiez tous 100 fois “Botero est le meilleur” !
Dans un éclectisme assumé
d’autres salles sont néanmoins intéressantes mais c’est surtout l’intérieur de
la construction qui m’a emballé... J’ai toujours bien aimé les boîtes, surtout
quand elles sont belles !
En face, de l’autre côté de la
place Botero, le ‘Palais de la Culture” bâti comme un “pavé mosaïque” vertical
qui alterne donc la pierre blanche et la pierre noire... La première symbolisant
peut-être la lumière du savoir à la lutte avec l’obscurantisme représenté par
la seconde !
Voilà une idée qu’elle irait bien
à Bolivar !
Justement ensuite nous sommes
remontés vers la place Bolivar où nous avons trouvé de quoi partager une
“parilla” qui n’avait rien à envier aux précédentes, avant de découvrir que si
Bolivar avait pu descendre de son piédestal, il serait parti à la charge pour “bouter
hors sa place”, la faune et les éclopés qui l’ont envahie... C’est la cour des
miracles a fait remarquer Anne, mais avec plus de Quasimodo qu’Esméralda,
presque toutes “boteresques ” par ailleurs !
La “Notre Dame” qui borde la
place, qui en ces lieux s’appelle autrement, avait portes closes, nous n’avons
pu qu’admirer son appareillage de brique de l’extérieur... C’est d’ailleurs l’édifice
religieux en briques le plus important de la Colombie.
Nous sommes ressortis de la place
avec nos sacs (comme quoi de jour Medellin est praticable) et nous sommes
partis vers un autre quartier, non sans avoir acheté sur le chemin nos fruits
pour le soir à des marchands des 4 saisons (à mon avis 2 saisons devraient
suffire) qui envahissent les trottoirs au même titre que toutes les boutiques
les cornaquent un peu partout. La marche au milieu de tout ça relevant plus du
sport de combat que du sport cérébral... D’autant que souvent il faut prendre
la chaussée, elle-même encombrée par toutes sortes de véhicules, qu’ils soient
de livraison ou pas.
Nous avons eu droit à notre 200
mètres de trottoir de bars louches comme nos yeux (les miens seulement
peut-être) pouvaient le faire, loucher, à la vue des jeunes dames qui nous
promettaient, cuisses à l’air, la lune dans ses grandes dimensions !
Après la part sombre, celle de la
lumière, comme nous y a invité “la Plaza de las Luces” avec ses 300 pylônes
qui s’élèvent dans le ciel au milieu des bambous géants, éclairés dès la nuit
tombée pour illuminer la place, et le très beau bâtiment futuriste qui la
jouxte : la bibliothèque de la ville, la lumière des lumières !
Enfin nous ne pouvions pas louper
“l’Estacion Antigua Ferrocarril”, l’ancienne gare ferrée de Medellin. Superbe
bâtiment à l’extérieur comme à l’intérieur transformé en patio-jardin pour y
recevoir une très agréable brasserie qui nous aurait accueillis si nous ne
venions pas de prendre un café au bar de la bibliothèque, bien accueillant
aussi et tout autant isolé du manque de propreté des trottoirs et du bruit des
rues.
Passons sur le catalogue des
immeubles de belle hauteur qui émaillent le centre ville, certains d’architecture
moderniste (difficile de toujours parler de futurisme), pour conclure notre description de la journée
en disant que c’est par un quartier glauque consacré à la réparation automobile
et autres engins à deux roues, que nous avons de calle en carrera rejoint notre
hôtel... Les mollets en compote !
Mardi 21 janvier 2014
Comme tous citadins, les
habitants de Medellin ont aussi le besoin de s’échapper du béton en fin de
semaine et Santa Fe de Antioquia n’est pas la dernière des destinations qu’ils
choisissent, à 79 kms de route seulement depuis que le plus long tunnel de
l’Amérique du Sud, et le plus moderne, fût construit il y a 7 ans environ à la
sortie Ouest de la ville.
Santa Fe était donc notre
destination du jour, et pour y aller, nous avons pris à la fraîche (si l’on puit
dire) le beau métro aérien qui va fêter ses 20 ans l’an prochain, pour
rejoindre la Gare des bus dans le but d’en prendre un. Et dans le quart d’heure
suivant, nous étions partis à grimper dans ces quartiers des hauteurs que nous
avions vu “allumés” à notre arrivée il y a deux soirs.
Partis mais pas arrivés, il nous
a fallu passer par deux contrôles de police, le premier à peine sortis de la
gare pour la consultation de la liste des passagers, et quelques kilomètres
plus loin pour carrément vérifier toutes les identités... Et l’on a pensé que
le dernier attentat des FARC qui a rompu la trêve pouvait en être la raison
(une moto piégée a explosé dans la région de Cali il y a 3 jours) , voire
l’enlèvement de deux hommes qui vient de se produire. Et puis il nous a fallu
sortir de ce fond de vallée qui sert de berceau à la ville, avec les
embouteillages d’un mardi matin.
En passant nous avons croisé la
première ligne d’un télécabine (2004), qui, unique au monde, est reliée directement
au métro pour rompre l’isolement des quartiers défavorisés style “favelas” à la
Colombienne, et deux projets complémentaires sont dans les cartons.
Voilà comment, passés toutes ces
“chausse-trappes” nous sommes arrivés péniblement au tunnel, et comment à sa sortie,
nous filions de virage en virage sur Santa Fe, petite ville au creux de la
Cordillère car seulement à un petit 600 mètres d’altitude.
Toute la journée a été étouffante
et Anne s’est traînée avec un rhume attrapé avec la clim du car de Tunja... Les
autres n’étaient guère plus vifs sous la chaleur dont nous avions oublié les
effets sur le dynamisme depuis Bogota !
Santa Fe est une très jolie
petite ville coloniale, fondée en 1541 et restée très authentique avec son
urbanisme en damier; avec sa place centrale et ses rues pavées; ses maisons des
16, 17 et 18ème siècle avec leurs porches et portes d’origine, leurs jalousies
de bois tournés; avec ses églises dont la plus importante “trône” sur la grande
place au centre de laquelle se dresse une belle fontaine entourée de grands
arbres et de plein de “guitounes” pour autant de marchands de fruits (c’est le pays du tamarin), de sucrerie
et de souvenirs... Le phénomène est classique à chaque fois qu’il détecte le
passage de “l’hommo-touristicus” !
Nous avons parcouru les artères
les plus vivantes mais hélas nous nous sommes cognés le nez sur toutes les
églises qui avaient décidé de ne pas ouvrir leurs portes avant l’office de
17heures, cependant loin d’être démoralisés nous avons fort bien déjeuné d’un
tilapia dans un restaurant de la place, et puis...
... Et puis avec deux “ratonès”,
autrement dit deux tuk-tuk pour parler français (!), nous sommes pétaradant
partis dans la campagne pour rejoindre le “rio cocau” à 5 kilomètres du bourg
et le franchir sur un très original pont suspendu construit en 1895 et classé
monument national de la Colombie.
Après le petit plaisir du café
colombien (à boire avec du sucre de préférence) pris sur l’autre rive, nos deux
“mulots” au retour nous ont laissés place du marché, là où notre car du matin
nous avait déposés, mais cette fois-ci pour prendre la prochaine “voiture” pour
Medellin... Ce qui fût fait dans le quart d’heure suivant.
Après deux bonnes heures à crever
de chaleur, nous étions à nouveau dans le métro et à 17heures 30 nous poussions
la porte de l’hôtel.
Initialement nous avions pensé à
une seconde journée pour découvrir la ville de Medellin, mais ni le jardin
zoologique, ni l’aquarium mérite que nous nous y attardions... Alors filons !
Cap au Sud pour rejoindre Manizalès
au terme d’un petit 200 km de “panaméricaine”, où nous “entrerons” dans la
zone du café colombien, si exceptionnelle qu’elle est classée au patrimoine
mondial par l’Unesco.
Buenas noches y mañana
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