Mercredi 8 janvier 2014
Levés dès potron-minet, en
meilleur forme sans avoir pour autant “la pêche olympique”, nous étions au
rendez-vous du taxi et au port une heure avant l’embarquement comme indiqué sur
les billets, pour la suite de “nos aventures fluviales”.
Il s’agit de poursuivre la
remontée de l’Amazone jusqu’à la triple frontière du Brésil avec le Pérou et la
Colombie.
Nous avions le choix entre le
bateau lent qui nous aurait demandé 6 à 7 jours, et le bateau rapide qui ne
demande que 36 heures pour faire la même “route”. C’est bien entendu la solution
retenue et vu le confort du bateau, nous avons fort bien fait sur ce plan là-aussi.
Ce bateau est le résultat d’un
triple croisement, contre nature je suppose, entre un avion (sans ailes), un
autobus (sans roues) et un bateau mouche muni d’une propulsion à semer la
panique sur notre Seine parisienne.
145 fauteuils “avion” en plus
généreux, un Commandant galonné comme il faut, bronzé et tout vêtu de blanc
avec les chaussures vernies assorties, chevalière et gourmette en or; personnel
de bord aux petits soins, un arrière de bateau avec une boutique, un petit bar,
une cuisine où une cuisinière au milieu des gamelles fait la tambouille pour
les repas servis en plateaux, des distributeurs d’eau, de café et café au lait
archi sucré, des sanitaires d’une propreté exemplaire et une “plage” arrière digne
d’un bateau de croisière fluvial pour faire “salon” sur le fleuve.
Une coursive centrale large de 2
bons mètres où l’on déambule librement. Dans ce bateau, on peut aller partout
et à tout moment, même s’installer au spectacle dans la cabine de pilotage.
Le hasard nous a placés au second
rang avec une vue “en biais” sur le fleuve par l’ouverture du poste de pilotage
et par chance nous avons deux prises électriques à notre niveau pour brancher
mon ordi et Anne sa tablette qu’elle ne quitte pas, jamais équipement ne lui
aura autant bénéfique.
Danielle et François sont juste
derrière.
Des écrans partout pour passer
des films en vidéo, sous-titrés en Portugais bien entendu et heureusement sans
le son.
Pour un Pays qui a une musique si
belle et si éclatante, le brésil est loin d’avoir la palme de “la bruyance”,
j’avais déjà remarqué cela les deux fois où nous étions passé à Rio.
Le pilotage est délicat, non pour
la profondeur du lit qui est toujours généreux, mais lancé à 50/60 kilomètres à
l’heure, vitesse importante sur l’eau, il convient de ne pas heurter les
nombreux débris de végétation à la dérive qui se sont multipliés sur cette
seconde partie du fleuve.
Cependant les rives se ressemblent
sauf qu’à 1 mètre des flots, nous en avons une vue plus basse, le faible
“tirant d’eau” nous permettant en même temps de naviguer auprès.
Par rapport à l’AmazonStar nos
arrêts sont simplifiés , j’ai même vu un passager monter “en marche” : nous
avons ralenti, un bateau “taxi” est venu appuyer son étrave sur un pneu posé à
notre poupe pour amortir le contact, et en un bond notre “passageiro” était à
bord... Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple !
Autrement le bateau pointe son
avant à l’endroit pouvant le recevoir, un quai flottant comme à chaque fois, la
porte de verre avant est ouverte, quelques “marins d’eau douce” mettent leur
gilet de sauvetage pour aider à la manoeuvre. Les trappes de la coursive sont
relevées pour accéder aux bagages et les valises à la main les passagers
descendent. D’autres montent à bord. Montre en main, l’opération est réglée en
5/10 minutes. Pas de fret qui est acheminé par les bateaux lents comme nous en
avons vu des dizaines et des dizaines depuis notre départ de Bélem, et qui en
même temps représentent la solution la plus économique pour voyager.
Comme nous allions à une vitesse
moins rapide que le soleil, le soir a fini par nous rattraper.
La nuit:
Par chance notre voisin côté
“couloir” est descendu en début de nuit et nous avons aussitôt “cornaqué” son
siège ce qui nous a permis de passer une nuit convenable vu les circonstances,
j’ai commencé à dormir deux heures sur 2 sièges et Anne a fini la nuit.
Grande et amusante fut ma
surprise lorsque je me suis levé pour la première fois, en constatant que tout
le monde avait pris ses aises pour roupiller, nombre de passagers étaient
étalés de tout leur long dans l’allée centrale au point qu’il n’était pas
facile de cheminer en évitant d’écraser une tête. Certains avaient même amené
des petits relax pour passer la nuit. De même pour le personnel de bord tous
munis du même matériel, cette fois-ci fourni par la compagnie, qui ça et là
passait la nuit dans un relâchement total.
Ainsi le “Crystal 1”, c’est le
nom du bateau, poursuivait sa route, éclairée par un phare surpuissant, sans à
peine réduire sa vitesse.
jeudi 9 janvier 2014
Encore de 15 à 20 mètres de
profondeur, toujours parsemé d’îles, l’Amazone est moins large et les eaux plus
calmes, les rives peut-être plus sauvages avec beaucoup moins de maisons
isolées. En tout début de journée, pour atteindre un petit village, nous avons
fait un petit crochet dans l’embouchure d’un petit affluent aux curieuses eaux
“noires” (couleur due à la putréfaction des végétaux comme pour le Rio Négro) vues
cette fois-ci beaucoup plus prés que sur l’AmazonStar.
Bien sûr la forêt vient la
plupart du temps jusqu’au fleuve mais j’avais imaginé un vrai gigantisme alors
que ce n’est pas le cas, probablement dû au double fait, que les eaux en période
de crue viennent immerger les berges les plus basses et gênent la pousse des
grands arbres et des populations riveraines qui se sont installées en déboisant
leurs espaces de vie lorsque les rives sont hautes.
Et peut-être que l’on trouve tout
simplement cette vision plus “Douanier Rousseau” que j’imaginais, en remontant
les affluents et surtout les rivières qui les alimentent... C’est un peu comme
si un étranger cherchait à visiter une ferme bretonne... A Montparnasse à Paris
!
Les villages rencontrés
maintenant, s’ils sont toujours établis sur la hauteur, comprennent une partie
flottante sur le fleuve, avec autour du classique quai flottant, des boutiques
flottantes : épicerie, dépôt de gaz, mécanique, station essence etc...Les
bonnes âmes des lieux pouvant directement venir se ravitailler avec leur
pirogues et autres embarcations à moteur.
Il est fréquent de croiser la
route de pirogues, chargées d’occupants, qui remontent les rives du reste.
Aujourd’hui nous faisons
“omnibus”, avec des passagers qui montent et descendent pour aller simplement d’un
lieu à un autre. Nous sommes vraiment au coeur du Brésil Améridien, celui des Indiens
de la Selva (forêt).
Déjà au Pérou, nous avions
remarqué l’énorme différence entre l’Indien de la Selva et celui des hauteurs,
l’Inca, le premier étant plutôt de bonne stature et les femmes plutôt belles
avec leur grands cheveux noirs geais, parfois fines, le second étant courtaud
et pas vraiment beau, à l’air souvent “crétin” pour lui tailler le costume,
mais néanmoins “touchant” à travers l’univers rude de son existence, exprimé
d’une façon si émouvante par sa musique.
Pour revenir à l’Amazonien, ce
qui me fait “bêtement” drôle c’est que ces braves gens avec leur faciès
particulier, souvent grosses joues sur une face relativement plate, long nez
busqué ou pas mais avec narines épaisses et grosses oreilles décollées (j’en
connais un qui aurait du boulot si d’avoir de belles oreilles était la mode),
sont habillés de nos jours comme “monsieur tout le monde” avec un jeans, un
tee-shirt comme l’on trouve partout, le portable à la main, parlant le
portugais comme tout autre Brésilien, plus de plumes à la Roni qui court les
télés pour défendre désespérément sa forêt. L’indien d’aujourd’hui est devenu le
parfait consommateur dont ce monde impitoyable nous fait croire avoir besoin
pour fonctionner, la jeunesse élevée à l’écran plat, est chaussée de nikes, bermuda
et tee-shirt “mode”.
Coiffure recherchée avec mèche
blonde et lunettes de soleil.
Elle a rangé la vie de ses
ancêtres au rayon du folklore, il y a des musées pour ça, même si une culture
avec ses codes doit encore subsister dans les villages à travers un
syncrétisme vécu en résistance au bulldozer du christianisme.
Alors que la nuit fût pluvieuse,
comme hier, la grisaille du matin à laisser la place à quelques rayons de
soleil dans l’après-midi. Au fur et à mesure de notre progression le fleuve a
charrié de plus en plus de bois au point que notre conduite est parfois devenue
sinueuse pour éviter les rencontres directes. Ce qui n’a pas évité quelques
chocs de moindre importance dans la coque.
Après une dernière halte à
Benjamen Constant à l’entrée du dernier Rio rencontré, et les 25 derniers
kilomètres, il était 17 heures lorsque nous étions à l’approche du quai de
Tabatinga, terme au bout de 12 jours (dont 7 de navigation) de notre voyage en
terres brésiliennes.
Bonne surprise nous avons mis 34
heures au lieu de 38.
Pour le Pays, Tabatinga est le
cul de sac total mais répétons le, c’est la porte pour passer au Pérou où l’on
peut naviguer jusqu’à Iquitos à quelques centaines de kilomètres plus en amont
avec une fois arrivé la possibilité de rejoindre la côte à l’ouest des Andes
par la route, c’est en même temps la porte pour entrer en Colombie en prenant
la route principale qui traverse l’agglomération qui en son milieu vous fait
passer d’un pays à l’autre comme si vous changiez de quartier. D’un côté c’est
Tabatinga la Brésilienne (env. 45000 habitants) et de l’autre c’est Leticia la
Colombienne (env. 40000 habitants), et, pour ajouter à la curiosité, il vous
suffit de franchir une sorte de chicane à moitié défoncée, donc doublement
symbolique, pour remonter le temps d’une heure car nous changeons de fuseau
horaire “administratif” au milieu de la bourgade. Nous sommes donc à “-6” par
rapport à la France
Au revoir Brésil... Il est fort
probable que nous ne foulerons plus ta terre, mais avec Iguacu, Rio de Janeiro
et l’Amazone n’avons-nous pas goûté le meilleur menu que tu puisses offrir. Au
revoir à ton peuple si harmonieusement coloré, beau, gentil et sans complexe.
Nous comprenons ceux qui tombent
sous ton charme, comment l’éviter quant nous te voyons danser par une musique
du diable, propre à ramener un Saint à la raison.
Et pour une dernière fois... Boa
noite e amanhã
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