Trans-Amazonie

Trans-Amazonie

lundi 13 janvier 2014

MANAUS – TABATINGA/LETICIA


Mercredi 8 janvier 2014
Levés dès potron-minet, en meilleur forme sans avoir pour autant “la pêche olympique”, nous étions au rendez-vous du taxi et au port une heure avant l’embarquement comme indiqué sur les billets, pour la suite de “nos aventures fluviales”.
Il s’agit de poursuivre la remontée de l’Amazone jusqu’à la triple frontière du Brésil avec le Pérou et la Colombie.
Nous avions le choix entre le bateau lent qui nous aurait demandé 6 à 7 jours, et le bateau rapide qui ne demande que 36 heures pour faire la même “route”. C’est bien entendu la solution retenue et vu le confort du bateau, nous avons fort bien fait sur ce plan là-aussi.
Ce bateau est le résultat d’un triple croisement, contre nature je suppose, entre un avion (sans ailes), un autobus (sans roues) et un bateau mouche muni d’une propulsion à semer la panique sur notre Seine parisienne.
145 fauteuils “avion” en plus généreux, un Commandant galonné comme il faut, bronzé et tout vêtu de blanc avec les chaussures vernies assorties, chevalière et gourmette en or; personnel de bord aux petits soins, un arrière de bateau avec une boutique, un petit bar, une cuisine où une cuisinière au milieu des gamelles fait la tambouille pour les repas servis en plateaux, des distributeurs d’eau, de café et café au lait archi sucré, des sanitaires d’une propreté exemplaire et une “plage” arrière digne d’un bateau de croisière fluvial pour faire “salon” sur le fleuve.
Une coursive centrale large de 2 bons mètres où l’on déambule librement. Dans ce bateau, on peut aller partout et à tout moment, même s’installer au spectacle dans la cabine de pilotage.
Le hasard nous a placés au second rang avec une vue “en biais” sur le fleuve par l’ouverture du poste de pilotage et par chance nous avons deux prises électriques à notre niveau pour brancher mon ordi et Anne sa tablette qu’elle ne quitte pas, jamais équipement ne lui aura autant bénéfique.
Danielle et François sont juste derrière.
Des écrans partout pour passer des films en vidéo, sous-titrés en Portugais bien entendu et heureusement sans le son.
Pour un Pays qui a une musique si belle et si éclatante, le brésil est loin d’avoir la palme de “la bruyance”, j’avais déjà remarqué cela les deux fois où nous étions passé à Rio.
Le pilotage est délicat, non pour la profondeur du lit qui est toujours généreux, mais lancé à 50/60 kilomètres à l’heure, vitesse importante sur l’eau, il convient de ne pas heurter les nombreux débris de végétation à la dérive qui se sont multipliés sur cette seconde partie du fleuve.
Cependant les rives se ressemblent sauf qu’à 1 mètre des flots, nous en avons une vue plus basse, le faible “tirant d’eau” nous permettant en même temps de naviguer auprès.
Par rapport à l’AmazonStar nos arrêts sont simplifiés , j’ai même vu un passager monter “en marche” : nous avons ralenti, un bateau “taxi” est venu appuyer son étrave sur un pneu posé à notre poupe pour amortir le contact, et en un bond notre “passageiro” était à bord... Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple !
Autrement le bateau pointe son avant à l’endroit pouvant le recevoir, un quai flottant comme à chaque fois, la porte de verre avant est ouverte, quelques “marins d’eau douce” mettent leur gilet de sauvetage pour aider à la manoeuvre. Les trappes de la coursive sont relevées pour accéder aux bagages et les valises à la main les passagers descendent. D’autres montent à bord. Montre en main, l’opération est réglée en 5/10 minutes. Pas de fret qui est acheminé par les bateaux lents comme nous en avons vu des dizaines et des dizaines depuis notre départ de Bélem, et qui en même temps représentent la solution la plus économique pour voyager.
Comme nous allions à une vitesse moins rapide que le soleil, le soir a fini par nous rattraper.












La nuit:


Par chance notre voisin côté “couloir” est descendu en début de nuit et nous avons aussitôt “cornaqué” son siège ce qui nous a permis de passer une nuit convenable vu les circonstances, j’ai commencé à dormir deux heures sur 2 sièges et Anne a fini la nuit.
Grande et amusante fut ma surprise lorsque je me suis levé pour la première fois, en constatant que tout le monde avait pris ses aises pour roupiller, nombre de passagers étaient étalés de tout leur long dans l’allée centrale au point qu’il n’était pas facile de cheminer en évitant d’écraser une tête. Certains avaient même amené des petits relax pour passer la nuit. De même pour le personnel de bord tous munis du même matériel, cette fois-ci fourni par la compagnie, qui ça et là passait la nuit dans un relâchement total.
Ainsi le “Crystal 1”, c’est le nom du bateau, poursuivait sa route, éclairée par un phare surpuissant, sans à peine réduire sa vitesse.


jeudi 9 janvier 2014


Encore de 15 à 20 mètres de profondeur, toujours parsemé d’îles, l’Amazone est moins large et les eaux plus calmes, les rives peut-être plus sauvages avec beaucoup moins de maisons isolées. En tout début de journée, pour atteindre un petit village, nous avons fait un petit crochet dans l’embouchure d’un petit affluent aux curieuses eaux “noires” (couleur due à la putréfaction des végétaux comme pour le Rio Négro) vues cette fois-ci beaucoup plus prés que sur l’AmazonStar.
Bien sûr la forêt vient la plupart du temps jusqu’au fleuve mais j’avais imaginé un vrai gigantisme alors que ce n’est pas le cas, probablement dû au double fait, que les eaux en période de crue viennent immerger les berges les plus basses et gênent la pousse des grands arbres et des populations riveraines qui se sont installées en déboisant leurs espaces de vie lorsque les rives sont hautes.
Et peut-être que l’on trouve tout simplement cette vision plus “Douanier Rousseau” que j’imaginais, en remontant les affluents et surtout les rivières qui les alimentent... C’est un peu comme si un étranger cherchait à visiter une ferme bretonne... A Montparnasse à Paris !
Les villages rencontrés maintenant, s’ils sont toujours établis sur la hauteur, comprennent une partie flottante sur le fleuve, avec autour du classique quai flottant, des boutiques flottantes : épicerie, dépôt de gaz, mécanique, station essence etc...Les bonnes âmes des lieux pouvant directement venir se ravitailler avec leur pirogues et autres embarcations à moteur.
Il est fréquent de croiser la route de pirogues, chargées d’occupants, qui remontent les rives du reste.
Aujourd’hui nous faisons “omnibus”, avec des passagers qui montent et descendent pour aller simplement d’un lieu à un autre. Nous sommes vraiment au coeur du Brésil Améridien, celui des Indiens de la Selva (forêt).
Déjà au Pérou, nous avions remarqué l’énorme différence entre l’Indien de la Selva et celui des hauteurs, l’Inca, le premier étant plutôt de bonne stature et les femmes plutôt belles avec leur grands cheveux noirs geais, parfois fines, le second étant courtaud et pas vraiment beau, à l’air souvent “crétin” pour lui tailler le costume, mais néanmoins “touchant” à travers l’univers rude de son existence, exprimé d’une façon si émouvante par sa musique.
Pour revenir à l’Amazonien, ce qui me fait “bêtement” drôle c’est que ces braves gens avec leur faciès particulier, souvent grosses joues sur une face relativement plate, long nez busqué ou pas mais avec narines épaisses et grosses oreilles décollées (j’en connais un qui aurait du boulot si d’avoir de belles oreilles était la mode), sont habillés de nos jours comme “monsieur tout le monde” avec un jeans, un tee-shirt comme l’on trouve partout, le portable à la main, parlant le portugais comme tout autre Brésilien, plus de plumes à la Roni qui court les télés pour défendre désespérément sa forêt. L’indien d’aujourd’hui est devenu le parfait consommateur dont ce monde impitoyable nous fait croire avoir besoin pour fonctionner, la jeunesse élevée à l’écran plat, est chaussée de nikes, bermuda et tee-shirt “mode”.
Coiffure recherchée avec mèche blonde et lunettes de soleil.
Elle a rangé la vie de ses ancêtres au rayon du folklore, il y a des musées pour ça, même si une culture avec ses codes doit encore subsister dans les villages à travers un syncrétisme vécu en résistance au bulldozer du christianisme.
Alors que la nuit fût pluvieuse, comme hier, la grisaille du matin à laisser la place à quelques rayons de soleil dans l’après-midi. Au fur et à mesure de notre progression le fleuve a charrié de plus en plus de bois au point que notre conduite est parfois devenue sinueuse pour éviter les rencontres directes. Ce qui n’a pas évité quelques chocs de moindre importance dans la coque.
Après une dernière halte à Benjamen Constant à l’entrée du dernier Rio rencontré, et les 25 derniers kilomètres, il était 17 heures lorsque nous étions à l’approche du quai de Tabatinga, terme au bout de 12 jours (dont 7 de navigation) de notre voyage en terres brésiliennes.
Bonne surprise nous avons mis 34 heures au lieu de 38.
Pour le Pays, Tabatinga est le cul de sac total mais répétons le, c’est la porte pour passer au Pérou où l’on peut naviguer jusqu’à Iquitos à quelques centaines de kilomètres plus en amont avec une fois arrivé la possibilité de rejoindre la côte à l’ouest des Andes par la route, c’est en même temps la porte pour entrer en Colombie en prenant la route principale qui traverse l’agglomération qui en son milieu vous fait passer d’un pays à l’autre comme si vous changiez de quartier. D’un côté c’est Tabatinga la Brésilienne (env. 45000 habitants) et de l’autre c’est Leticia la Colombienne (env. 40000 habitants), et, pour ajouter à la curiosité, il vous suffit de franchir une sorte de chicane à moitié défoncée, donc doublement symbolique, pour remonter le temps d’une heure car nous changeons de fuseau horaire “administratif” au milieu de la bourgade. Nous sommes donc à “-6” par rapport à la France
Au revoir Brésil... Il est fort probable que nous ne foulerons plus ta terre, mais avec Iguacu, Rio de Janeiro et l’Amazone n’avons-nous pas goûté le meilleur menu que tu puisses offrir. Au revoir à ton peuple si harmonieusement coloré, beau, gentil et sans complexe.
Nous comprenons ceux qui tombent sous ton charme, comment l’éviter quant nous te voyons danser par une musique du diable, propre à ramener un Saint à la raison.
Et pour une dernière fois... Boa noite e amanhã

















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