Dimanche 5 janvier 2014
Les repas rythment nos journées.
Pour le déjeuner, la formule “self-service” (encore une appellation exagérée
pour le mètre cinquante de propositions de plats où tout est à prendre pour
composer son assiette) est toute à fait satisfaisante au contraire du plat unique
du soir dont nous saturons, confiné dans son alu il sent le réchauffé à
l’ouverture.
Ce midi, nous avions un peu de
salade de pomme de terre et divers morceaux de légumes non identifiés, le
classique trio de féculents avec les rituels “spaghettis- riz-haricots noirs” mais
façon “juste sorti du feu”, et, avec une belle cuisse de poulet bien goûteuse,
genre volaille qui met nos Bretons à genoux. Voila pour la première assiette,
roborative et goûteuse. Pour le dessert, des fruits comme la formule le propose
et dont nous ne nous lassons pas : papaye, melon d’eau, pastèque et depuis ce
matin, de l’ananas à tomber par terre. Et pendant que nous y sommes “par terre”,
un jus ou deux (goyave ou fruit de la passion), avec aujourd'hui comme
complément “spécial dimanche”, une timbale de goyave confite avec une crème
onctueuse à tomber à la renverse... Le tout pour 15 réals soit 5 euros !
Le plus difficile est d’arriver à
se faufiler entre le monde et les hamacs pour accéder maintenant au bar afin
d’acheter son ticket, à descendre au pont inférieur et de faire pareil pour
atteindre l’entrée de la petite salle à manger à la poupe, où il faut attendre
que le second service “self” commence après celui du premier service qui se
résume au “plat unique” qui tarde de plus en plus à finir en raison du monde à
bord, en faisant la queue dans la
pénombre, entre hamacs et bagages en tout sens, à côté des sanitaires qui
sentent la surpopulation bien que propres comme tout le reste.
Lorsque je me suis réveillé cette
nuit, à 2heures sonnées, nous venions d’accoster à Juruti et j’ai juste jeté un
nez dehors pour photographier les lieux d’un simple coup d’oeil avant de me
recoller sur ma couche. Ce qui m’a paru inquiétant c’est qu’au fur et à mesure
de mes petits réveils nous ne bougions pas, et de fait au matin nous n’étions qu’en
plein déchargement. Une vrai chaîne de gaillards qui du bateau faisait valser
les cartons pour que le dernier les empilent sur le warf flottant. Une grosse
pluie avait dû tomber rendant la latérite
des accotements de la route d’accès, encore plus rouge que sa réalité
sèche.
Les peaux se colorent davantage
d’indianité, nous sentons que nous pénétrons dans le Brésil des profondeurs.
Après un dernier regard pour
quelques dauphins qui batifolaient à portée de vue, nous avons repris notre
route vers 8heures30. Nous avions de l’avance, nous voici avec du retard, ainsi
vivons nous l’imprécision de la navigation comme nous l’avions découverte lors
de notre descente de l’Atlantique avec le “Grande Buenos Aires” il y a 3 ans.
Ce matin, il a été difficile de se
faire une petite place à l’endroit de notre porte, mais la matinée passant nous
sommes arrivés à libérer un bon mètre de bastingage pour caser nos deux fauteuils. Même spectacle
des berges et des quelques bateaux que nous croisons et doublons, les même
bateaux traditionnels, barges avec des semi-remorques qui attendent d’être
arrivés pour reprendre le bitume, des petits minéraliers.
Vers 11heures la surface de l’eau
s’est mise à frissonner puis à “vagueletter”, l’ AmazonStar a légèrement roulé
au milieu de branches et petits troncs d’arbres morts et autres débris de
végétation, qui “dévalaient” le fleuve, nous annonçant par-là le débouché d’un
affluent.
En début d’après midi, nous avons
quitté l’état du Para, capitale Belem pour entrer dans celui de l’Amazonas,
capitale Manaus. Le Para, c’est environ 1 253 000 km2 et l’Amazonas
c’est 1 577 800 km2, soit environ 6 fois notre France et ce n’est
qu’un morceau de l’Amazonie qui déborde très amplement sur tous les Pays
limitrophes du Brésil, et même sur le reste du Brésil lui même.
10 000 000 d’habitants
seulement, les 2/3 pour le Para et le 1/3 restant pour l’Amazonas, l’Amazonie
est avant tout un monde végétal et un monde animal.
Mais nous n’y sommes pas encore à
Manaus, et vers 14heures nous arrivions à Parintins, avant dernière escale.
Toujours moins de descentes que
de montées, heureusement que notre bateau est en ferraille, vu l’état de
certains bateaux de bois, souvent rafistolés, nous pourrions nous montrer
inquiets. Les naufrages ne sont pas rares paraît-il !
Nous avons encore beaucoup
déchargé, des cartons et des cartons, des fruits et des légumes : tomates,
carottes, choux pour ne parler que des choses reconnues de notre hauteur de
pont, des sacs de patates aussi. Les Filles nous ont fait la surprise de
descendre sur le quai, toutes rigolottes au milieu du ballet des dockers.
Nous avons appareillé 2heures
après... Et le bois mort continuait de descendre au fil du courant, il a dû
beaucoup pleuvoir en forêt.
Même à l’ombre, et malgré l’air,
la chaleur humide est “épaisse”, les Filles sont moites et les Garçons sont “poites”
et bien que notre bord est par chance à l’ombre, sitôt sustentés la sieste est
devenue naturelle, Anne sur sa couchette avec “son village français”, et avec la
porte entrebaillée pour moi, pour la vue sur l’eau tout en pianotant notre “blog” sur une chaise
comme table à cheval sur le seuil et moi en arrière au frais de la clim... Et accessoirement
être invité à faire la conversation avec l’extérieur, le Brésilien et la
Brésilienne sont très liants.
Pas vraiment de touristes
étrangers. Un couple de jeunes dans la trentaine à l’habitude de venir
s’installer proche de “chez nous” et passe leur temps à remplir des cahiers. Hier,
Danielle est allée les passer à la question, ils sont journalistes originaire
d’Irkoutz, ils font le tour du monde. Pour être polie je suppose, elle leur a
dit que c’était joli Irkoutz, eux flattés lui ont chanté les louanges de
Poutine dont la vilaine image est le fruit de la désinformation Américaine...
Ben voyons!
En dehors de quelques Français
croisés au “Massilia”, plus un seul depuis, nous sommes les seuls à bord et
nous passons presque pour des bêtes curieuses. Personne ne parle plus notre
langue, Paulo et ses deux amies, deux universitaires avec lesquelles nous avons
parlé un peu, sont descendus à Santarém.
Ce soir, le ciel était chargé,
nous venons d’avoir une nuée de bestioles qui a envahi les ponts, nous avons
obstrué le jour d’1cm au dessus de notre porte avec du “pq”... Peut-être de
l’orage pour cette nuit !
Boa noite e amanhã
Lundi 6 janvier 2014
Notre retard ne s’est pas
rattrapé et nous devrions être à Manaus pour 19heures, au lieu de 14heures, foi
d’un Commandant qui ce matin, une fois la dernière escale quittée, a maintenant
mieux la capacité à maîtriser le temps.
Il était 7heures ce matin à notre
montre lorsque nous sommes arrivés à Itacoahara synonyme pour nous d’antenne
relais pour le téléphone mobile, et, en envoyant un sms à Marilia Costa pour la
prévenir de notre retard. Marilia est notre contact à Manaus, conseillée par
Yani de Belem et auprès de laquelle nous avons réservé d’Orsay le bateau pour
la suite (et un trip pour demain). En ouvrant son portable, François s’est
aperçu que nous avions changé d’horaire. L’Amazonas c’est “-1” et nous voici
avec 5heures de retard sur la France.
Nous en sommes repartis 1heure
après, soit à 8heures, horaire de Belem correspondant à 7heures, horaire de
Manaus.
Rien de particulier concernant
notre halte, un quai flottant au bout d’un warf qui avance sur le fleuve, avec
des bateaux “en panne” sur l’eau et le bourg qui s’étale sur la rive avec
toujours au centre l’église, bien fière malgré la menace de “l’évangélisme” qui
gagne du terrain au Brésil encore plus que chez ses voisins. Chargement et
déchargement classiques déjà narrés en version allégée, nous approchons de la
Capitale de l’Etat qui peut être rejointe qu’en une bonne dizaine d’heures
seulement... Ca facilite les échanges !
Nous avons évolué aujourd'hui
sous un ciel couvert, et si nous n’avons pas eu d’eau la nuit passée, nous
avons eu droit à une bonne pluie au moment où nous déjeunions. Quelques
“culottes de gendarmes” sont apparues dans le ciel par la suite, et la
chaleur-humide omniprésente a pris d’intensité, à nous rendre tous “ramollo”.
Nous avons essentiellement longé
la rive Nord, souvent près de la berge, parfois faite de moyennes falaises
terreuses amenant l’Amazone à glisser dans une grande courbure un peu plus vers
le Sud, et les eaux profondes sont précisément à l’extérieur de ce grand
méandre. Alternativement des berges plates, à 2 ou 3 mètres du niveau de l’eau,
quelques fois avec un peu plus d’altitude, constituent les zones habitées avec
l’inévitable église ou temple, école. Toujours un accès au fleuve avec ponton
et petite flotille. Là où l’homme habite en des endroits pareils, il y a
culture et élevage.
La rive est du reste de plus en
plus habitée au fur et à mesure que nous progressons aujourd’hui, pour la même
raison que celle évoquée plus avant.
L’autre rive est éloignée,
envahie de forêt. La largeur du fleuve dépend bien entendu de la saison et avec
sa profondeur, ce qui va de pair, varie considérablement. C’est d’autant plus
difficile à voir que l’Amazone se partage en deux cours principaux reliés par
de nombreux bras qui enserrent de nombreuses îles. A certains endroits, 6 à 10
kms peuvent séparer une rive de l’autre, en “eaux plaines” les plaines sont
alors submergées et la largeur peut atteindre 40 kms.
La profondeur moyenne en saison
sèche est de l’ordre de 20 à 25 mètres mais en saison des pluies le niveau de
l’eau peut monter de 12 à 15 mètres pour
atteindre à Obidos, où l’Amazone se réduit à un lit et où nous sommes passés,
la profondeur de 60 mètres.
Mais sous son aspect de “force
éternelle”, le bassin amazonien est fragile et l’homme s’ingénie à en défier
l’équilibre. En cause, les exploitations minières et la déforestation avec ce
que cela peut entraîner d’infrastructures parasites pour la flore, la faune et
les hommes, comme par exemple la construction de la “transamazonica” qui doit
relier les deux océans. Elle est “en panne” mais le projet n’est pas abandonné
!
L’écosystème est en danger, déjà
la déforestation semble être à l’origine de graves sécheresses ayant provoquées
d’importantes baisses de niveau des eaux.
Qui n’a pas rêver un jour de
Manaus, il était 18heures lorsque le fleuve s’est élargi avec Manaus en ligne de
mire et son pont gigantesque à haubans. Le ciel est bleui de pluies tropicales,
d’orages peut-être et nous croisons les doigts pour que toute cette flotte
“d’en haut” ne rejoigne pas “celle d’en bas”... Nous remontons les
infrastructures portuaires sur dix bons kilomètres avec ses pétroliers, gaziers,
minéraliers et porte-containers maritimes mais de moyen tonnage... Et sur les
coups de 19heures nous venons nous loger comme un pied (de 6 orteils) dans une
chaussette trop étroite.
Le débarquement s’est déroulé
dans une pagaille monstre, indescriptible en 10 lignes mais ce que nous pouvons
dire que les porteurs constituent comme les taxis, un marché à l’arnaque au
milieu duquel le taxi “parisien” ferait figure de petit bras !
En donnant de la voie (voix), nous
sommes arrivés à nous dégager de ce magma pour rejoindre l’extérieur du port,
exténués avec 3 d’entre nous sous
“imodium” et à l’issu d’une ultime ‘bataille” nous avons trouvé un taxi avec
l’aide de deux petits jeunes qui nous ont pris en pitié, et pour le ¼ du prix
de l’offre du premier taxi nous étions à l’hôtel.
Boa noite e amanhã
Superbes photos et un beau recit qui nous emmene lui aussi sur ce bateau...
RépondreSupprimer"donner de la voie pour se dégager"; je ne sais pas si c'est un lapsus ou si c'est fait exprès, mais en tout cas je trouve ça joli !
RépondreSupprimerP.