Samedi 1 février 2014
En vérité l’autre raison de notre « stop » à Ipiales, ne concerne
pas cette bourgade mais la présence du village de Las Layas situé à seulement 7
kilomètres plus à l’Est et à l’heure du laitier nous étions en quête d’un taxi
collectif pour nous y mener.
Las Lajas est un village accroché quasiment à la falaise qui surplombe le
rio, au-dessus duquel a été élevée en contrebas une basilique de style
néogothique, flamboyant à souhait, formant un pont au dessus du cours d’eau…
Pas question de quitter la Colombie sans visiter le « Lourdes » du
Pays qui rayonne jusqu’en Equateur comme nous le découvrirons en descendant le
long chemin qui y mène.
Le taxi vous laisse à l’entrée du village, fait de rues pavées bordées de restaurants
et de boutiques de souvenirs et de « bondieuseries » vous plantant le
décor dès les premiers pas. Si tôt le matin les rideaux n’étaient pas tous
levés et c’est donc sans perdre de temps que nous avons suivi les pancartes
menant au sanctuaire, une rue en pente qui serpente entre les maisons avant de
déboucher sur un escalier qui plonge le long de la falaise. Sur le flanc
rocheux, des centaines et des centaines d’ex-voto de la part des Colombiens
mais aussi d’Equatoriens, sous formes de plaques en marbre la plupart du temps
et cimentées à la paroi, témoignent de prières et de remerciements à la Vierge
qui en 1754 a eu la bonne idée, au moins pour le commerce du coin, de faire une
apparition terrestre à une petite fille muette qui sous le choc en a retrouvé
la parole… Et depuis le Pays « pélerinne » en masse tout au long de
l’année.
Justement à la remontée, les familles déboulaient, principalement des
Andins « à petites pattes » et chapeaux sur la tête, pour les plus
anciens car les jeunes sont à la tenue internationale comme chez toute la
jeunesse du monde, avec un jeans sur les fesses. Pour reprendre notre souffle,
nous avons fait une halte café avant de reprendre un taxi, un peu trop tôt pour
nous attabler devant l’un des cochons d’inde qui rôtissait sous nos yeux. Le
« cuy », qui se prononce « couille » j’en suis désolé, est
le mets de choix des Andes et à midi je n’aurais pas été contre de renouveler
mon expérience du Cuzco mais voilà, à 9 heures à peine dépassées, c’est un peu
tôt pour mon estomac… Pour Anne, même pas en rêve !
A 9heures30 le taxi nous déposait à Ipiales, le temps de récupérer nos sacs,
nous montions dans un autre taxi à 9heures45 et à 10heures nous étions déposés
à la frontière… Devant nous l’Equateur.
Anne allait retrouver ce Pays où à 24 ans elle arpentait les rues de Guayaquil et de Quito avec son Officier de Marine marchande de mari au bras, mais pour moi c’est encore trois semaines de découvertes totales avant la fin du voyage !
Anne allait retrouver ce Pays où à 24 ans elle arpentait les rues de Guayaquil et de Quito avec son Officier de Marine marchande de mari au bras, mais pour moi c’est encore trois semaines de découvertes totales avant la fin du voyage !
Sortir de Colombie est aussi facile que d’y entrer, et entrer en Equateur
est aussi aisé que de sortir de Colombie.
Rien de plus simple pour les pesos restés en poche, une poignée de
changeurs « à la sauvette » vous donne le change en dollars, la
surprenante monnaie de l’Equateur depuis la disparition du « sucre »
en septembre 2000, et entre le très moderne « poste » frontière de la
Colombie et le plus modeste d’Equateur, c’est environ 300 mètres à parcourir avec
nos sacs à roulettes à la main avec un rio à traverser, le même plus en aval
que celui de Las Lajas, et le temps de parcourir quelques petits kilomètres
dans un nouveau taxi, nous étions à Tulcan, la ville frontière d’en face, et
plus précisément à la gare routière pour « chopper » un bus en
direction d’Ibarra, à un bon cent kilomètres plus au Sud, notre objectif.
Tulcan, à 3000 mètres est la ville la plus élevée du Pays et le paysage qui
s’est ouvert à nous est « monstrueux » de montagnes vertes des Andes
Equatoriennes, peuplées et cultivées de ce que nous en voyons, presque un décor
de montagnes suisses, vaches comprises. Les Cordillères de Colombie qui ne
faisaient plus qu’une avant d’arriver à Ipiales, s’est ouverte à nouveau et
nous avons débouché sur un vaste plateau d’altitude entre deux chaînes, fait de
gorges qui nous impose de grands lacets en descentes et en montées pour
avancer. Le sol est parfois zébré de larges saignées correspondant fort
probablement à des failles sismiques comme celles que nous avions croisées dans
le Sud du Pérou il y a quelques petites années.
C’est ainsi que nous sommes arrivés à Ibarra en début d’après-midi, une
ville construite sur large plateau entre 2200 et 2300 mètres d’altitude, le
Rio… en contrebas.
Et la chaleur.
Nous avons un peu galéré pour trouver notre hôtel, sans ordi pas de
réservation à l’avance comme nous pratiquions quand nous sommes tous les deux, et
les guides ne vous informent pas sur leur possibilité d’accueil sans compter
sur le décalage fréquent entre les tarifs annoncés et ceux pratiqués. Il faut y
aller au flanc avec cependant la facilité de voyager hors période des congés locaux,
cela ne suffit pas toujours… Mais nous avons fini par trouver la chambre de
qualité que nous voulions pour y passer 3 nuits, et nous avons passé le reste
de l’après-midi à organiser notre séjour tout en faisant un bon tour dans le
centre de cette nouvelle « Ciudad Blanca », blanche à cause de ses
maisons blanchies comme à Popayan, une jolie ville faite de rues en damier,
pavées, et des places arborées et bordées de beaux bâtiments coloniaux, de
belles églises imposantes.
Vus donc le Parque de la Merced et le Parque Pédro Moncayo du nom de
« l’homme fort » de l’histoire de la cité et nous avons fini
par nous attabler chez Rosalia Suarez, au moins dans sa
« héladeria », une véritable institution depuis que la vieille dame, née
en 1897 et aujourd’hui disparue à l’âge de 105 ans, a créé de fabuleux sorbets
qui sont garants de longévité pour celles et ceux qui les consomment !
Plus qu’ailleurs, c’est dire, à Ibarra tout le monde a sa glace à la main
et les glaciers sont bondés.
Pour confier notre sentiment sur l’Equateur , en sachant que ce n’est pas
en quelques heures que l’on puisse être pertinent, force est d’avoir pu
constater au cours de cette journée, qu’en dehors d’un contrôle de la police
des frontières en cours de trajet qui nous a reniflé nos bagages étalés sur le
trottoir, par le biais de leurs chiens, vérification tout a fait logique, la
police se fait nettement plus rare qu’en Colombie, sur la route et en ville, et
que les militaires restent assurément dans leurs casernes.
Les frontières représentent toujours des zones sensibles, et c’est le cas
de celle que nous venons de franchir, les Colombiens reprochent aux Equatoriens
de fermer les yeux sur les mouvements FARC qui viennent se réfugier chez eux,
et les Equatoriens reprochent aux Colombiens d’être trop laxistes avec les
Cartels de la drogue… Ce qui n’est plus tout à fait exact, pour preuve, ce
matin même à Ipiales au moment de régler notre hôtel, le journal posé sur le
desk relatait qu’un petit avion intercepté la veille sur le petit aéroport de
la ville avait été arraisonné, bourré de drogue pour le compte d’un Cartel
mexicain.
De même, sur la route comme à Ibarra, les grilles de protection ont
grandement disparu, aucun des hôtels auxquels nous nous sommes adressés en
début d’après-midi n’était barricadé « à clé » comme ceux de Colombie
l’étaient.
Autre constatation, si déjà à l’approche de Popayan, en Colombie, la
population s’était « andianisée », frontière franchie, la population
d’origine andine devient une constante dans le paysage, et la population
« blanche » affiche souvent des faciès et des allures moins métissés
qu’en Colombie et qu’au Brésil, voire pas du tout.
Reste à savoir si cette observation va se vérifier dans les jours à venir,
pas forcément.
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