Mardi 4 février 2014
Sitôt arrivés au « terminal bus », sitôt nos billets achetés et
sitôt installés, nous sommes partis pour Quito, il n’était même pas 8heures
quand nous avons pris la route, et 2heures30 plus tard nous étions arrivés au
« terminal Norte » de la Capitale de l’Equateur.
Pas grand-chose à dire de cette nouvelle section de la Panaméricaine sinon
qu’elle se confirme être plus roulante que ce que nous avons connu en Colombie
et lorsqu’il y a des travaux, c’est pour procéder à son élargissement. Nous
avons évolué dans un couloir de volcans avec beaucoup de maïs de part et
d’autre de la chaussée, puis arrivés dans la région de la ville de Cayambe, la
capitale de la rose, d’immenses serres à n’en plus finir, il faut bien fournir
les fleuristes du monde.
Quito étant la seconde Capitale la plus haute du monde, à 2850 mètres
d’altitude après La Paz en premier et avant Bogota en troisième, nous grimpons chemin
faisant vers les cimes avant de replonger au milieu d’un cirque de montagnes
dont deux volcans vers l’Ouest, le Rucu Pinchincha et le Guagua Pichincha qui culminent
pour le premier à 4696 mètres et pour l’autre à 4794 mètres, au centre duquel
la ville tentaculaire étale ses quartiers jusqu’à lécher les pentes, difficile
de trouver un site plus bosselé et accidenté que celui de Quito, fondé en 1534
par Sébastien de Benalcazar et qui s’étend sur 30 kilomètres en longueur sur 4
et 7 kilomètres d’étroitesse seulement, « barrios » perchés compris,
Au dessus de cette « marmite », le ciel est bas comme un
couvercle ; la résultante probable des émanations du volcan qui serait
entré en activité suivant ce que nous avions appris hier à Ibarra.
Nous sommes surpris de découvrir une ville moderne et pleine de vie, le
parc automobile affiche sa bonne santé et les immeubles sont fringants. Comme
tout ce que nous avons traversé, la propreté règne sur les trottoirs.
Deux pôles d’intérêt, le Quito moderne où se loge tout le dynamisme de la
Capitale et la vieille ville coloniale, classée « patrimoine de
l’humanité » par l’Unesco, au milieu de laquelle nous nous sommes installés
confortablement, dans une très belle demeure aménagée en hôtel avec un grand
patio central servant de salon dont le seul inconvénient comme souvent est
qu’il plonge les chambres dans la pénombre. Nous sommes en forme, malgré
l’altitude nous ne sommes pas gênés par le « soroche », le mal de
l’altitude, depuis Bogota nous sommes complètement acclimatés.
Notre problème pour l’heure étant d’organiser notre séquence
« Galapagos », après une petite réunion « au sommet » entre-nous
deux pour recaler notre « road book », nous avons pris, à pied, la
direction de la ville moderne pour la pêche aux informations, la Tame, la
compagnie aérienne brésilienne à la sauce de l’Equateur, et quelques agences de
voyages pour apprécier l’offre qui est proposée, pour peaufiner les options à
prendre, sachant que nous ne quitterons pas Quito sans nos billets aériens en
poche.
Nous sommes rentrés en taxi à la nuit, non sans avoir fait un petit tour au
marché artisanal qui ne nous a pas plus inspirés que celui d’Otavalo, et nous
avons apprécié la ville très belle dans ses lumières qui grimpent sur les
pentes de partout… Comme un clin d’œil à Bolivar qui disait que Quito était la
lumière de l’Amérique, comme au sens des philosophes l’on parlait de lumières
au XVIIIème siècle.
Mercredi 5février 2014
Anne est pour le Routard et moi pour le Lonely-Planet, et c’est dans
« mon » guide préféré que nous choisissons de temps à autre de suivre
l’itinéraire de visites qu’il propose pour découvrir l’essentiel des centres
villes, un circuit à pied annoté des sites à découvrir avec les explications
succinctes pour ne rien rater et tout comprendre … Et c’est tout simplement ce
que nous avons fait aujourd’hui, un circuit noté comme faisant 3 kilomètres et
demi qui de 9 heures du matin nous a menés jusqu’à notre assiette dans un petit
restaurant au pied des premiers immeubles de la ville moderne.
L’essentiel à découvrir est tout naturellement concentré au cœur de la
ville coloniale, au long des rues étroites toutes bordées de vieilles bâtisses ou
en bordure des quelques places qui animent le centre. C’est sur la
« grande plazza » où s’impose le palais de la présidence dont
l’architecture digne de la fonction de celui qu’il abrite à un curieux rez de
chaussée fait de boutiques, et la vaste
Cathédrale aux peintures religieuses remarquables comme celle qui montre
l’enfant Jésus dans son berceau avec d’un côté un cheval et de l’autre un lama…
A Bethléem, terre de miracles, les lamas sont plutôt rares mais ici, c’est
utile pour faire gober l’histoire du petit Galiléen qui était venu au monde
rien que pour le sauver, lui l’Amérindien bien peinard dans ses Andes… Pas du
conquistador en tout cas, qui l’a esclavagé tout en lui révélant la bonne
nouvelle !
Dans la foulée, dans une scène sur la cène sur une toile, notre bon Jésus à
l’autre bout de son existence est attablé avec ses disciples devant du cuy,
autrement dit du cochon d’inde rôti qui est, rappelons le, le plat de fête de
l’Andin, avec de la « chicha » comme boisson, la bière de maïs
fermenté… C’est t’y pas beau !
Passons sur les églises de moindre importance, il y en a une quarantaine à
Quito, pour parler de celle dédiée à San Francisco, juchée « en
balcon » sur la place du même nom, moyenâgeuse à souhait, c’est la
première église qui fût construite à Quito et avec son monastère qui la jouxte,
c’est en même temps l’édifice colonial le plus imposant de la ville.
Au passage, nous avons tenté de visiter la « Compagna de Jésus »,
prometteuse de beauté en regard de sa façade sculptée comme une dentelle, mais
nous avons eu beau chercher une entrée secondaire pour palier aux portails
clos, une visite remise à plus tard.
Entre la vieille ville et la ville moderne l’énorme basilique de Quito domine
la cité du haut de sa colline. La « Basilica del Voto National » est
un beau vaisseau gothique de pierre, élégante et originale par son exotisme
architectural, les gargouilles sont tortues et iguanes. L’intérieur est au
diapason, tout aussi gothique à la manière de nos monuments religieux, en plus
riche.
Toujours plus avant de notre circuit, nous avons traversé un petit parc,
dessiné autour de l’observatoire qui fût par le passé le rendez-vous des
scientifiques européens en raison de la proximité de l’équateur qui passe juste
au nord de la Capitale, puis un parc plus important, fait de beaux arbres et de
statues des Grands Hommes, qui ouvre sur la ville moderne où nous avons très
rapidement de quoi faire remonter nos estomacs, descendus dans les talons après
notre longue marche.
Notre décision étant prise, nous avons rejoint les bureaux du siège de la
Tame où nous avons acheté nos billets d’avion pour les Galapagos, deux vols
secs sachant que forts des renseignements glanés la veille, nous avions décidé
de nous organiser seuls une fois sur place, en choisissant un hôtel confortable
sur Santa Cruz, l’île principale de l’archipel, afin de donner à notre séjour un petit côté « balnéaire »,
avec un « day-trip » un jour sur deux pour découvrir deux îles ou
trois en complément, même si l’essentiel de la faune peut-être rencontré sur
place.
Un taxi nous a ramenés dans notre quartier historique, et cette fois-ci, la
« Compagna de Jésus » nous offrait son intérieur toutes portes
ouvertes, un écrin d’or que nous devons aux Jésuites, les « enfants
terribles » du Catholicisme… Une pure merveille qui a elle seule justifie
le classement de l’Unesco.
Dans sa jeunesse, Anne avait été stupéfaite de découvrir tant de richesse
affichée dans ces mêmes lieux, en cette fin d’après-midi, je l’ai été tout
autant. Il n’y a pas un seul centimètre carré qui ne soit travaillé et rehaussé
à la feuille d’or, l’or des Incas, l’or des Conquistadors. Depuis la fin de sa
construction, débutée en 1605 mais terminée 160 ans plus tard, les Quitegnos la
tiennent pour la plus belle d’Equateur.
Nous en avons vu beaucoup en Amérique du Sud, aucune de plus chargée d’or.
Impossible de comptabiliser les sculptures qui du sol à la voûte, et
encore, couvrent l’entière construction, les retables sont de toute beauté et
la chaire est un pur chef d’œuvre, jusqu’aux confessionnaux qui sont travaillés
de manière remarquable… Et mon intrépide appareil de photos n’a pu faire
autrement que de transgresser l’interdit !
Restait à voir dans notre quartier la « Casa de Sucre », qui
n’est pas un lieu où l’on traite la canne à sucre mais seulement la maison du
Mariscal (maréchal) Antonio José de Sucre, le héros de l’indépendance
équatorienne, un des meilleurs officiers de Simon Bolivar qui en mai 1822
vainquit définitivement les Royalistes de la couronne d’Espagne qui n’avait
plus qu’à commencer à faire son deuil pour ses colonies d’Amérique du Sud.
Contraste entre l’ensoleillement intérieur qui nous a animés au long de
cette journée de visites et la couleur du ciel, un ciel bas comme un couvercle sur
une atmosphère plombée par des gaz d’échappement qui justement ne pouvaient
s’échapper… Vous avez dit atmosphère ?
Jeudi 6 février 2014
Poma, Société Grenobloise, a construit en 2005 un téléphérique qui monte à
l’assaut des contreforts des deux volcans Pichincha, le Rucu autrement dit
l’ancien ; et le turbulent Guagua Pichincha, le jeune, donc actif puisque
sa dernière irruption ne date que de 1999.
Un taxi nous a menés jusqu’à la station, presque déserte en ce jeudi matin,
et avec une passagère de dernière seconde, notre cabine s’est vite glissée dans
une saignée au milieu des eucalyptus avant de longer la paroi, et à 10heures
nous nous sommes retrouvés à 4100 mètres d’altitude au-dessus de la ville… Au
dessus des nuages aussi !
Inutile de spécifier que nos premiers pas furent mal aisés, Anne au bord du
malaise avant de reprendre des couleurs sous un soleil mordant qui a repris du
service après deux journées de grisaille.
La forme revenue, nous sommes partis à l’assaut des tertres avoisinants pour
grimper « tout doux » à 4300 mètres et le temps de reprendre notre
souffle, nous avons rebroussé chemin et comme une récompense, les nuages se
sont dissipés, sous l’action de la chaleur du soleil probablement, et Quito
nous est apparu dans la belle lumière du matin.
A 11heures, nous sautions dans une cabine pour le retour, bondée cette
fois-ci, et nous sommes passés de l’Ouest à l’Est, sur les flancs d’en face,
pour aller à la rencontre de la « Fondation Guayasamin », le musée que
nous avions choisi de découvrir parmi le choix important que propose Quito. En
fait d’une part la maison dans laquelle l’Artiste vedette de l’Equateur vécu
ses dernières 20 années de vie, et le musée voisin qu’il se construisit avant
de disparaitre. Et dans l’ordre nous avons visité les deux, après avoir déjeuné
à proximité.
Oswaldo Guayasamin était le « Botéro » Equatorien, était puisque
décédé en 99, sauf que plutôt que de passer son temps à peindre l’obésité de
ses contemporains, il s’est politiquement et socialement engagé avec une
peinture envoûtante qui abordait la souffrance et la misère, la torture même
qu’il ne cessait de dénoncer, toujours par le philtre des sentiments humains,
son indianité matinée d’espagnol expliquant sa sensibilité.
Ses œuvres, présentent dans les musées et galeries du monde entier, lui ont
valu notoriété et richesse si je puis dire, comme le témoigne la galerie de
photos parmi les Grands de notre Monde, de Mao à Castro en passant par Mitterrand
et bien d’autres, comme le témoigne sa Villa « californienne » de
2000 m2 sur les hauteurs de la Capitale, non compris les jardins et la grande
piscine, et, le temple moderne de 300 mètres sur 300 mètres et sur 3 niveaux,
qu’il s’est fait construire pour abriter ses grandes peintures célébrant
l’Humanité universelle.
Dans sa villa aux pièces multiples sont exposées, outres des œuvres personnelles,
des tableaux et sculptures de sa collection particulière, couvrant toutes les
époques de l’art religieux d’Amérique du sud à l’Art contemporain, la présence
de nombre d’œuvres résultant d’échange avec les siennes.
Une jeune femme parlant fort bien le français nous a guidés à travers les
pièces de la superbe maison, construite avec l’aide du frère de l’Artiste lui
mêle architecte, avant de poursuivre notre visite en prenant la direction du
Musée moderne juste en dessous.
Nous avions pris la décision de redescendre à pied pour sauter dans un
trolley en contrebas mais à peine une centaine de mètres parcourus, Anna et
Bianca se sont arrêtées à notre niveau et nous nous sommes retrouvés
confortablement installés sur les sièges arrières de leur grosse voiture,
échangeant avec nos baragouins approximatifs mais étonnamment efficaces. Du
« barrio » populaire où nous nous trouvions nous avons plongé dans
l’effervescence des quartiers modernes, résolument modernes, avant de rejoindre
la station, bondée, de l’une des deux lignes qui traverse Quito du Nord au Sud.
Restait à faire nos emplettes en arrivant dans notre quartier et nous avons
passé le reste de la journée entre notre
chambre et le beau patio du « San Francisco de Quito », notre hôtel.
Demain matin nous poursuivons notre route vers le Sud, prochaine étape
Riobamba à 3heures30 de route.
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